Les relations entre humains, au travail

Les relations entre les humains, les relations au travail. C’est à la fois un vaste sujet, et un pan seulement du bonheur (ou bien-être) au travail. Un sujet qui est à la fois vieux comme le monde, et pourtant d’actualité. D’actualité pour une mauvaise raison : on dirait bien qu’elles se dégradent de plus en plus …  Cet article est le premier d’une série, pour permettre aux lecteurs de mieux s’imprégner du sujet et toutes ses dimensions, en complément de mon dernier livre « Mieux gérer les relations au travail » a retrouver sur Territorial éditions ou FNAC ou Amazon.

En effet, la première chose à intégrer, à propos de ce sujet, c’est que lire ou comprendre ne suffit pas. Pour s’imprégner, il faut apprendre, pas seulement survoler. Et l’on va voir peu à peu comment.

La relation. Un lien entre deux ou plusieurs parties. Le rapport qu’entretiennent deux personnes. Les relations au travail sont multiples : hiérarchiques, entre collègues, avec des usagers, des patients, des clients, des fournisseurs, partenaires etc. Elles se déroulent dans des cadres particuliers, avec des codes particuliers, avec parfois des contraintes et une déontologie particulière dues au statut. Si bien que dans la bouche de certaines personnes, le « c’est la faute à telle catégorie de personnes » est récurrent.  Certains me disent que les relations sont dégradées dans les entreprises privées, à cause du profit.  C’est drôle, car les mêmes problèmes relationnels se retrouvent dans la fonction publique territoriale, dont je forme les cadres depuis 10 ans, avec un objectif est le service public … Lorsque certains de ces manageurs se retrouvent en formation, ils évoquent leurs problèmes comme provenant de certains de leurs agents. Et quand j’ai les agents en formation, ils évoquent leurs problème comme émanant de leurs manageurs, ajoutant « c’est au manageur de faire quelque chose, il est payé pour ». Et voilà que tout à coup, dans certaines collectivités territoriales, les audits mettent en avant que les relations entre collègues sont plus néfastes que les relations hiérarchiques.  Et voilà que, depuis la sortie du livre noir de l’EPHAD, on s’aperçoit que des agents maltraitent leurs patients. Et voilà que dans certains services, le mal-être des agents est à mettre sur le compte de l’agressivité des usagers. Et voilà qu’à l’école, même les enfants entre eux se harcèlent.

Et si chacun sortait de sa bulle, pour s’apercevoir que le problème ne vient pas de telle ou telle catégorie de personnes, ni du milieu (même s’il existe des facteurs exacerbant ou atténuant le problème pour telle ou telle catégorie de personne, ou dans tel milieu).

Et si on reprenait le problème à la base même de la définition de la relation interpersonnelle : la relation, le lien, ou le rapport qu’entretiennent deux personnes. Trois parties sont donc concernées par le problème : deux personnes, plus la relation qu’elles entretiennent. Mettre la faute sur l’une ou sur l’autre est un combat stérile qui ne parviendra jamais à améliorer une relation. Le travail sur le lien est essentiel. Il faut travailler la qualité du lien, et il existe de nombreuses manières de l’appréhender, certaines seront présentées dans de prochains articles, un panel plus complet existe dans le livre paru sur le sujet « Mieux gérer les relations au travail FNAC ou Amazon.)

Chacun peut alors avancer d’un cran vers l’amélioration de ses relations au travail. Trois entités, moi, la relation, l’autre. Je ne peux pas changer l’autre. Parfois, moi, je peux changer, mais c’est dur … Ou pour reprendre une phrase que j’entends toujours dans les débuts de mes accompagnements « pourquoi est-ce à moi de faire des efforts … ». Il reste donc un paramètre qui demande moins d’effort : jouer sur le 3e paramètre, le lien, la relation.

Certaines clés sont pourtant déjà connues, mais pas encore de tous. Normal, on n’apprend pas cette base vitale à l’école. Il s’agit de prime abord de la communication. Il y a un écart entre ce que je veux dire et ce que je dis. Il y a un écart entre ce que je dis et ce que l’autre comprend de ce que je dis. Et pourtant, beaucoup de relations s’enveniment à cause de ce tout petit fait, cette minuscule leçon qui n’est pas apprise.

Apprendre, car c’est bien le cas. Tout ce qui concerne la relation ne doit pas juste être lu, ou compris mentalement. Il doit être intégré dans la vraie vie, et donc il faut l’apprendre. Comment ? De toutes les manières avec lesquelles on peut apprendre quelque chose. Par exemple, la théorie comprise, on fait l’exercice, on met en application, on comprend ce qui n’est pas encore acquis, on recommence, sans prendre l’échec comme une tare, mais bien un moyen d’évoluer. Combien essayent une chose, et comme cela ne fonctionne pas du premier coup avec leur interlocuteur, ils abandonnent. La première fois que vous avez appris à faire du vélo, parce que vous êtes tombé, n’avez-vous jamais remonté sur un vélo, et vous ne savez toujours pas en faire ?

Alors, on pourrait encore tourner en rond longtemps. Oui, le manageur a un rôle majeur à jouer, car il est souvent à l’interface de beaucoup de choses. Gérer les relations, les siennes d’abord, et celles des autres, quand on manage, est bien une compétence transversale essentielle au travail. Mais il ne peut pas être le seul, la relation incombe à chacun. Alors, lorsqu’on me pose cette question, en accompagnement, « pourquoi est-ce toujours à moi de faire des efforts », je réponds par une autre question : avez-vous envie d’être plus heureux au travail ? Si la réponse est non, si vous préférez être malheureux, alors surtout, ne changez rien, ne faites rien, et il ne se passera rien d’autre que ce que vous vivez. Si par contre vous avez envie d’être plus heureux, investir un peu de temps pour mieux gérer ses relations peut être opportun (le bonheur n’est pas nécessairement confortable, a dit un conférencier bien connu). Les personnes heureuses et performantes au travail entretiennent de bonnes relations, quel que soit leur interlocuteur. L’absence de relation, ou les relations dégradées, rend les gens malheureux. Nous avons donc besoin de relation, les humains sont des êtres fondamentalement relationnels.

J’ai évoqué une manière d’apprendre, théorie puis application. Il en existe d’autres. Par exemple, si vous parvenez à mettre en lien des moments de votre vie relationnelle au travail avec les thématiques de chacun des articles proposés ou du livre, vous pouvez conscientiser vos expériences vécues, et prendre du recul. C’est une autre manière d’apprendre.