Bienveillance et malveillance

Les relations entre les humains, les relations au travail. Un premier article a été publié en décembre, « les relations, pour le meilleur ou pour le pire » ? Ces articles s’inscrivent en complément de mon dernier livre « Mieux gérer les relations au travail » à retrouver sur Territorial éditions ou FNAC ou Amazon.

Les relations humaines sont au cœur de notre vie sociale, personnelle et professionnelle. Elles sont source de joie, de satisfaction, de coopération, mais aussi de conflits, de souffrance, de violence. Comment expliquer ces contrastes ? Quels sont les facteurs qui favorisent ou entravent la qualité des relations humaines ? Quel rôle jouent la bienveillance et la malveillance dans ce domaine ?

La bienveillance peut se définir comme une attitude ou une disposition qui vise le bien d’autrui, qui manifeste de l’empathie, du respect, de la sollicitude, de la générosité. La malveillance, au contraire, est une intention ou une action qui cherche à nuire à autrui, qui exprime du mépris, de l’hostilité, de l’agressivité, de l’égoïsme. Ces deux notions sont souvent opposées, mais elles ne sont pas forcément exclusives. On peut être bienveillant avec certains et malveillant avec d’autres, ou bien alterner entre les deux selon les circonstances.

Enoncé ainsi, qui ne voudrait pas être bienveillant avec les autres, en vertu de la qualité des relations, si l’on souhaite (sphère amicale par exemple) rester en relation, ou si l’on doit (sphère professionnelle par exemple). La bienveillance étant parfois vue comme un phénomène de mode, dans la sphère professionnelle, on trouve pourtant beaucoup d’articles rendant la bienveillance suspicieuse, mielleuse, voir manipulatrice quand elle concerne le management. Ayant moi-même été manageur et managé, j’ai trouvé cela étrange, de prime abord, jusqu’à ce que je traite cette terminologie « bienveillance et malveillance », en profondeur, et non avec les représentations que chacun peut en avoir.

La bienveillance n’est pas une simple vertu morale, mais une compétence socio-émotionnelle qui peut s’apprendre et se développer (#educationaubonheur). La malveillance n’est pas non plus une simple absence de cette vertu morale, ni une fatalité, mais une réaction souvent liée à la peur, à l’ignorance ou à la frustration.

La bienveillance a des fondements biologiques, psychologiques et culturels. Elle est liée à la production d’ocytocine, une hormone qui favorise l’empathie, le lien social, la confiance et la coopération. Elle est aussi influencée par le développement cognitif et affectif de l’individu, qui lui permet de se mettre à la place d’autrui, de réguler ses émotions, de résoudre les conflits de manière constructive. Elle est enfin encouragée par les normes et les valeurs sociales, qui promeuvent le respect, la tolérance, la solidarité, la justice. La bienveillance a donc des effets bénéfiques pour les relations humaines, tant au niveau individuel que collectif. Elle contribue au bien-être, à la satisfaction, à la motivation, à la créativité, à la performance, à la résilience des personnes. Elle renforce aussi la qualité, la stabilité, la diversité, la richesse des interactions sociales. Elle favorise la cohésion, la collaboration, l’innovation, la transformation des groupes.

Le problème n’est donc pas la bienveillance, mais l’injonction de bienveillance si elle n’est pas intégrée (acquise, incarnée …) et qu’elle se transforme en malveillance déguisée.

La malveillance a des origines multiples, qui peuvent être internes ou externes à l’individu. Elle peut être liée à des facteurs biologiques, comme des troubles neurologiques, hormonaux ou génétiques. Elle peut aussi être liée à des facteurs psychologiques, comme des traumatismes, des frustrations, des peurs, des préjugés, des pulsions. Elle peut enfin être liée à des facteurs sociaux, comme des influences, des pressions, des normes, des intérêts, des conflits. Autrement dit, la malveillance n’est pas toujours perçue, par celui ou celle qui l’émet, comme un acte moralement malveillant, mais une réaction à des phénomènes inconscients.

La malveillance engendre de la souffrance, de la violence, de la haine, de la culpabilité, de la dépression chez les personnes, et peut provoquer, chez celui qui la donne comme chez celui qui la reçoit, de la rupture, de l’isolement, de l’exclusion, de la discrimination, de la domination, in fine la destruction des groupes. En sortir consiste à tout d’abord rendre conscient ce qui ne l’était pas (psychologie des profondeurs de Jung par exemple), mais aussi en questionnant les relations humaines avec des clés de lecture (j’en propose beaucoup dans mon livre).

La bienveillance et la malveillance sont deux notions clés pour comprendre et améliorer les relations humaines. Elles ne sont pas des données fixes ou immuables, mais des phénomènes dynamiques et évolutifs. Il est donc essentiel de les questionner, de les évaluer, de les réguler, de les éduquer. La bienveillance n’est pas une naïveté, une faiblesse ou une utopie, mais une compétence, une force. Elle peut s’apprendre, se développer, se transmettre. Elle peut aussi s’adapter, se nuancer, se critiquer, se réinventer. La malveillance n’est pas une fatalité ou une nécessité, mais une réaction ou une stratégie. Elle peut se comprendre, se prévenir, se réparer, et se transcender.

La bienveillance et la malveillance sont donc des enjeux majeurs pour les relations humaines, des défis permanents qui nous invitent à nous questionner, à nous remettre en cause, pour nous améliorer et nous humaniser.